Décroissance : une mesure forcément « de gauche » ?

Pour celles et ceux qui ont acquis mon livre Nous!, en vente ici, vous aurez remarqué que les mesures que je vous propose pour rendre la société plus smart sont semblables à ce que peuvent proposer les économistes faisant l’apologie de la décroissance. Du coup vous avez dû vous dire à ce moment précis : « Fichtre ! Un vilain macroniste pro-capitaliste, pro-actionnaire, anti-classe ouvrière fait la promotion d’une économie décroissante pour une société vertueuse ! « 

Hélas, j’en suis désolé , je ne suis pas de gauche. Je ne suis pas de droite non plus. Je ne me suis jamais senti plus d’un bord que de l’autre à vrai dire et c’est peut-être pour cela que je peux me permettre de parler de la décroissance comme je parlerais du capitalisme. Il n’y a aucune mesure économique entièrement parfaite, uniquement des initiatives qui peuvent parfaire une partie de la société car les individualités ont été conçues de sorte à ce que les disparités entre les personnes soient trop importantes.

Comment être de gauche quand on voit que de grandes banques anglaises qui profitent de la mondialisation, vont s’installer en France après le Brexit, créant ainsi des centaines voire des milliers d’emplois ? Mais comment être de droite quand on voit que des multinationales comme Bayer-Monsanto sont les principaux responsables du déclin écologique de notre planète ? Comment être de gauche quand on voit que les progrès techniques dont nous profitons sont le fruit direct de recherches financées par les entreprises et les actionnaires ? Comment être de droite quand on voit que la mondialisation permet à des entreprises de détruire des centaines d’emplois au profit d’un pays plus souple où les employés peuvent aisément être exploités pour gonfler les dividendes. On peut jouer à la pirouette comme ça très longtemps, on vit dans un véritable paradoxe politique avec ce clivage, il faut se l’avouer.

Mais dis-moi Romain ? Qu’est-ce que c’est la décroissance ?

Bon déjà si vous ne voyez pas de quoi il s’agit, allez checker cette vidéo (faite en partie par mon prof d’économie, c’est important de le souligner) :

Voilà, après cette vidéo, vous vous dites tout de suite qu’il s’agit d’une mesure profondément gauchiste : baisse de la consommation dans les pays développés, réduction du temps horaire. Mais je persiste et signe, ce n’est pas seulement une idée de gauche. 

La décroissance : une destruction créatrice

Cet article n’est pas un cours d’éco, mais je vous explique brièvement ce qu’est la destruction créatrice au sens de Schumpeter. En gros, un secteur d’activité disparait au profit d’un autre. Ce fut le cas avec l’automobile qui progressivement à fait disparaitre les métiers dépendants des charrettes au profit des ouvriers payés à produire des voitures. La décroissance, au delà de satisfaire l’environnement et les individus, satisfait donc également les entreprises ; notamment celles spécialisées dans la rationalisation des ressources, dans les plateformes d’échanges entre individus, de petites annonces et autre. Pourquoi les plateformes d’échanges entre individus ? Et bien parcequ’il fallait lire le livre voyons ! Au fait, faire profiter les entreprises, c’est plutôt de droite non ?

La décroissance : un potentiel avantage concurrentiel durable

Une entreprise qui vit avec son temps, qui comprend les nouveaux besoins des consommateurs, qui réagit au bon moment au jeu de l’offre et de la demande est une entreprise intelligente. Intelligente car si elle est dans les premières à réagir aux nouvelles attentes des individus, elle dispose d’un avantage par rapport à ses concurrents, moins nombreux à avoir adapté leur offre à la tendance. Du coup, à travers les nouvelles attentes de la demande qui doit se manifester sur leur volonté de changer les choses , l’offre s’adapte à des fins spéculatifs. En effet, si leur offre ne correspond plus à la demande du marché, alors ils sont bons à disparaitre #Kodak #Polaroid #Nokia #JePeuxContinuerCommeCaTrèsLongtemps.

Comment être décroissant mais pas forcément « de gauche » en seulement 2 étapes ?

1• Ne pas boycotter l’entreprise

L’objectif n’est pas d’hurler au grand vilain patronat mais de leur suggérer tacitement de changer leur mode de fonctionnement. On peut boycotter des produits jugés contraires à l’environnement, à votre conscience ou même boycotter une entreprise en particulier. Mais mettre tous les entrepreneurs dans le même panier, c’est mettre Danone – connue pour sa reconnaissance envers ses salariés – au même niveau que Whirlpool qui a mis des centaines d’emplois sur le carreau à Amiens. Les mettre dans le même panier, c’est mettre Bayer-Monsanto au même niveau que la start-up La Ruche qui dit Oui!.

Indirectement, vous faites plaisir à l’entreprise qui assure sa pérennité en continuant à vous satisfaire. Indirectement, l’entreprise s’oblige à satisfaire l’environnement, vos liens sociaux et votre porte-feuille en même temps. Est-ce que vous pensez sincèrement que ça fait de vous quelqu’un de droite ou d’ultra capitaliste ? C’est libéral, oui, mais ça ne veut pas dire de droite. 

2• Optimiser sa consommation, seule action véritablement décroissante

Ne devenez pas forcément vegan et « anti-speciste » ! Devenez plutôt flexitarien : on consomme la quantité de viande nécessaire à notre organisme. Pas plus, pas moins. C’est smart dans la mesure où la production  de viande serait régulée et plus « humanisée » si tout le monde faisait ainsi. Par contre ne vous attendez pas à faire d’économies car moins de viande produite signifie un coût à produire plus élevé. Là, on constitue une décroissance du marché de la viande. Par contre on va contribuer à la croissance d’un nouveau marché alimentaire, il faut compenser la viande qu’on ne mangera plus.

N’achetez plus vos paquets de pâte dans des boites bien emballées, bien plastifiées mais achetez en vrac. Cela ne change rien pour vous. Pourtant, la planète vous remerciera. Vous détruisez le marché de l’emballage et du conditionnement au profit des producteurs de cartons et de papier kraft.

Avant d’acheter des vêtements neufs, pensez à votre porte-feuille et pensez d’abord aux produits donnés ou d’occasion. Vous ferez des économies et en plus vous serez swag (pas comme ce terme). Perso, j’achète souvent mes vêtements d’occasion sur des applis comme Vinted et sur moi, c’est la Fashion Week tous les jours (enfin, presque). Les barons du textile vont vous détester, mais vous aurez fait un beau geste pour la planète. Là encore, destruction partielle du marché du textile au profit des start-ups à l’origine des plateformes d’échanges entre donateurs et vendeurs de leurs vêtements d’occasion.

RESSOURCE BONUS : Croissance ou décroissance, doit-on vraiment choisir ?

Du coup ? Droite ou gauche la décroissance ?

Après avoir pris ces deux initiatives. Vous sentez vous de gauche car vous aurez détruit des marchés entiers et donc des entreprises au profit de votre pouvoir d’achat ? Vous sentez vous de droite car vous aurez aidé à développer des entreprises et donc enrichi des patrons, des actionnaires et tout ce qui s’en suit ?

C’est à ce moment précis que le lecteur de cet article se remet en question, compte voter blanc aux prochaines élections voire s’abstenir et bannir toute réflexion sur sa conviction politique, la jugeant annihilée par les mensonges de l’ensemble de la classe politique. Ça peut se comprendre, mais ça me ferait mal à mon petit coeur d’entendre cette version sortir de votre bouche.

Même si, personnellement, je ne me sens ni de droite ni de gauche, il y a des propositions qui me paraissent plus adaptées à la situation économique, géopolitique, environnementale et sociale de notre pays. On ne pense pas de la même façon que dans les années 60 alors que les métiers du numérique n’existaient pas, la mondialisation n’était même pas à ses débuts et que nous étions en plein dans les Trente Glorieuses.